Du transformiste au transformationnel :
Registres politiques et fonctions esthétiques du grimage de genre sur la scène contemporaine
Article issu d’une communication donnĂ©e lors de la JournĂ©e d’Ă©tude Les rĂ´les du maquillage sur la scène contemporaine
organisée par Sara Maddalena et Victor Inisan RiRRa21 – ED 58
Université Paul-Valéry Montpellier 3, 11 mars 2022

// « Mitosis », Hungry @isshehungry (en ligne : https://www.instagram.com/p/Bxkxmt5FbVy/ ; consultĂ© le 30 juillet 2021)
Le « grimage » dĂ©signe historiquement l’usage de maquillage pour la scène ; il s’agit de modifier la physionomie par des fards, pour reprĂ©senter un certain personnage ; dans son sens historique, il qualifie particulièrement le fait de peindre des rides, transformer le visage en le vieillissant. Dans un sens plus large, le grimage dĂ©signe un emploi distinctif du maquillage oĂą sont renforcĂ©s les contrastes des lignes et couleurs par rapport Ă leur usage dans la vie courante, afin d’opĂ©rer une transformation de l’âge, mais aussi du genre, de la couleur de peau, de la forme du visage ou de certains de ses traits… Bien que la limite entre un emploi quotidien et extra-quotidien1 du maquillage soit floue, puisque beaucoup de produits et principes techniques utilisĂ©s sont communs aux deux contextes, le grimage dĂ©veloppe ainsi des caractĂ©ristiques qui lui sont propres : renforcement ou exagĂ©ration des effets pour une meilleure visibilitĂ©, adaptation Ă des media et Ă des conditions de reprĂ©sentations spĂ©cifiques, et surtout techniques et produits particuliers, souvent dĂ©signĂ©s par le terme de « professionnel2» (meilleures propriĂ©tĂ©s couvrantes, pigmentation plus forte, prothèses et postiches, modifications plus radicales du visage). Ainsi, le grimage pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un cas particulier de l’utilisation du maquillage (l’Ă©cart entre le maquillage quotidien ; et le grimage scĂ©nique se situant donc moins dans une distinction de nature mais plutĂ´t de degrĂ© d’usage). Dans un contexte scĂ©nique, le grimage de genre utilise des produits et techniques spĂ©cifiques afin de masquer et/ou faire apparaĂ®tre de manière plus ostentatoire des signes considĂ©rĂ©s comme genrĂ©s. En effet, c’est justement par cet emploi extra-quotidien que le maquillage de genre se rend visible : l’acteur ou l’actrice se maquille de façon Ă changer de genre sans que les spectateurs et spectatrices ne soient dupes de cette transformation.
Comment se fait-il que l’usage du maquillage dans le travestissement soit si peu interrogĂ© Ă la fois dans la pratique théâtrale, mais aussi du point de vue thĂ©orique ? Le grimage de genre sur la scène contemporaine occidentale se construit par rapport Ă des codifications qui sont rarement reconnues ou interrogĂ©es comme telles, alors qu’il permet de mieux cerner la façon dont la scène est Ă l’intersection de codes intra et extra-théâtraux. En effet, les outils des gender et performance studies ont su montrer que les performances de genre pouvaient susciter un trouble, provoquer un jeu avec la norme : l’usage du grimage sur scène entraĂ®nerait une re-signification des codes genrĂ©s, qui apparaissent Ă la fois comme plus clairs par leur convention assumĂ©e et en mĂŞme temps bien plus opaques par leurs Ă©carts potentiels vis-Ă -vis des systèmes de reprĂ©sentations genrĂ©es quotidiennes. Ainsi, les grimages de genre apparaissent dĂ©jĂ comme des productions paradoxales : Ă la fois production visuelle d’un visage genrĂ© par le maquillage ; et dĂ©voilement, en mĂŞme temps, de sa nature artificielle (en exagĂ©rant le maquillage, en exhibant sa matĂ©rialitĂ©, ou en le rĂ©alisant sur scène). Cette mise en Ă©vidence du grimage de genre comme construction scĂ©nique de codifications prend alors un sens politique, car elle s’Ă©tablit toujours en rĂ©fĂ©rence aux codifications sociales extra-théâtrales. L’inversion du genre qui est simultanĂ©ment permise et rĂ©vĂ©lĂ©e par le grimage introduirait des discontinuitĂ©s dans la rĂ©itĂ©ration des actes stylisĂ©s, et dĂ©stabiliserait ainsi le mythe d’identitĂ©s naturelles ou essentielles3. Le grimage est alors « performance », c’est-Ă -dire que les performances grimĂ©es de genre apparaissent comme des actes itĂ©ratifs, « restauration de l’action4», qui dĂ©voilent l’aspect performatif et construit des codes de genre. Certaines esthĂ©tiques, si elles crĂ©ent un jeu d’Ă©cart par rapport aux normes genrĂ©es, semblent en rĂ©alitĂ© annuler toute possibilitĂ© transgressive en restabilisant les codes binaires. D’autres esthĂ©tiques semblent au contraire conscientes de cette potentialitĂ© de trouble : elles se dĂ©gagent du mimĂ©tisme soi-disant naturaliste afin de jouer et de dĂ©stabiliser ces codes, voire de provoquer une destruction de l’univocitĂ© des signes maquillĂ©s, et donc des codifications extra-théâtrales.
Dès lors, il s’agit d’Ă©tudier quels usages politiques et esthĂ©tiques sont faits du grimage de genre au sein des spectacles. On distinguera plusieurs fonctions. Tout d’abord une fonction mimĂ©tique – ou plutĂ´t paradoxe mimĂ©tique : puisque le grimage est pris entre affirmation d’un personnage genrĂ© et dĂ©voilement de son artificialitĂ©. De lĂ , on verra comment le grimage peut faire de ce paradoxe un outil critique et exercer, dès lors, une fonction politique. Enfin, on Ă©tudiera sa fonction transformationnelle : il s’agira de montrer comment les grimages de genre proposent une esthĂ©tique et un plaisir de la transformation, un renouvellement d’une poĂ©tique grimĂ©e strictement anthropocentrĂ©e. Ces trois temps correspondront Ă trois cas d’Ă©tude : Le personnage de Miss Knife d’Olivier Py, incarnĂ© encore en 2022 dans Miss Knife et ses sĹ“urs ; la peinture corporelle et faciale des danseuses dans Saison Sèche de Phia MĂ©nard en 2018 ; et les performances de Hungry, artiste allemande qui dĂ©crit son travail de travestissement comme du distorted drag (drag dĂ©formĂ©).
Le grimage de genre : fonction mimétique et expressive du maquillage chez Olivier Py / Miss Knife
Miss Knife est l’alter ego d’Olivier Py, inventĂ© en 1992 lors de La nuit au cirque et qui rĂ©apparait dans plusieurs crĂ©ations au cours des trois dĂ©cennies suivantes5, notamment pour cĂ©lĂ©brer des moments clĂ©s de la vie de l’ancien directeur du Festival d’Avignon : Miss Knife chante Olivier Py cĂ©lĂ©brait son dĂ©part de l’OdĂ©on en 2012, la tournĂ©e des Premiers adieux de Miss Knife (2017-2019), laissaient dĂ©jĂ prĂ©sager le dĂ©part d’Olivier Py de la direction du Festival d’Avignon avec Miss Knife et ses sĹ“urs en 2022. Dans ses apparitions sur le mode du spectacle-cabaret, Olivier Py apparaĂ®t travesti, accompagnĂ© de musicien·nes ou d’un orchestre6, et alterne chansons et Ă©pisodes narrĂ©s de sa vie sur un ton humoristique et mĂ©lancolique_._ HabillĂ©e de robes de satin ou de fausses fourrures, de perruques blondes, ou dotĂ©e d’une silhouette arlequinesque Ă strass et haut-de-forme, Miss Knife arbore un maquillage sommaire qui consiste en une base de teint claire, ombrĂ©e aux tempes, aux joues et Ă la mâchoire, de sourcils parfois couverts et redessinĂ©s plus haut, les yeux sont Ă©galement remodelĂ©s par un cut crease (un contraste entre la surface mobile et le pli de la paupière qui est accentuĂ© et allongĂ© vers le coin externe) et des paillettes. Le tout est complĂ©tĂ© par du rouge Ă lèvres, des faux cils, et des paillettes.
Le masquillage, chemin vers l’altĂ©ritĂ© et l’expression de soi

© Emile Zeizig Festival d’Avignon – OpĂ©ra Grand Avignon, le 26 juillet 2022, Miss Knife et ses sĹ“urs. https://www.mascarille.com/galerie/picture.php?/190102/search/10430 (consultĂ© le 26 novembre 2023)
Ce visage, hĂ©ritier de la drag queen et du transformisme de cabaret, a pour but de fĂ©miniser les traits d’Olivier Py, lui permettant paradoxalement de se dĂ©voiler par l’artifice, afin de faire ressortir, selon lui, une part fĂ©minine qui est en lui :
Pour moi, c’était une évidence que d’inventer et d’incarner ce personnage de chanteuse de cabaret. J’avais cela au plus profond de moi-même. Je ne jouais pas Miss Knife, elle faisait partie de moi. Elle, c’était moi.7
L’expression topique d’une fĂ©minitĂ© par le grimage est un outil de libĂ©ration (comme le soutient Py dans un entretien avec Brigitte Prost8), libĂ©ration qu’autorise le maquillage qui serait Ă la fois une armure, et une brèche. La mise Ă nu que reprĂ©sente la performance grimĂ©e est justement permise par le « masquillage »9, dont le caractère extra-quotidien est un acte en partie subversif selon Py ; il « se fait masque du masque et crĂ©e de l’extra-ordinaire…[…] mais aussi de l’ex-travagance… de l’ex-centrique… invite Ă sortir de la biensĂ©ance10». La mĂ©taphore du masque qui est employĂ©e par ce nĂ©ologisme permet Ă l’artiste d’expliquer que le grimage exprime l’essence du théâtre, mais aussi de la théâtralitĂ© de notre vie sociale, de nos identitĂ©s selon l’idĂ©e d’Irving Goffman11. En effet, pour Py, Miss Knife est un personnage qui a une forme d’autonomie (une existence de presque trente ans, et des traits de caractère singulier). Le grimage de genre sert alors une expression de soi qui rompt avec l’ordre hĂ©tĂ©ronormatif du genre : le grimage de genre en lui-mĂŞme, parce qu’il met dans l’espace théâtral une reprĂ©sentation rare, produirait une transgression du pouvoir et de ses mĂ©canismes parce qu’il ne colle pas avec les fondements des normes de genre et de sexualitĂ©. Il se fait surface de projection sur laquelle Py peut rĂ©aliser une forme d’introspection, de rĂ©flexion sur soi. On peut toutefois s’interroger sur la subversion rĂ©elle qu’offre la performance grimĂ©e de Miss Knife.
En effet, les considĂ©rations de Py sur une « fĂ©minitĂ© en soi » poussent Ă se demander si le personnage qu’il crĂ©e ne relève pas d’une forme d’essentialisation du fĂ©minin. Selon lui, Miss Knife est une reprĂ©sentation de
[…] tous les vécus de toutes les figures de femmes que j’ai rencontrées, admirées, ou imaginées.7
Son discours est ambigu, car il admet Ă la fois que le personnage de Miss Knife est une construction destinĂ©e Ă dĂ©stabiliser les codes genrĂ©s ; mais que celle-ci rĂ©vèle justement une vĂ©ritĂ© profonde, qu’elle permet la concordance entre une essence intĂ©rieure et l’apparence extĂ©rieure dont elle serait une expression. Le grimage de genre tel que le dĂ©crit et l’emploie Py s’attaque certes Ă une forme d’essentialisme qui considère qu’il y a une conformitĂ© stricte entre le sexe biologique et l’expression de genre. Cependant, la forme de travestissement fĂ©minin qu’il propose s’avère assez classique dans son inversion du genre : les signes grimĂ©s tracĂ©s sur le visage sont plutĂ´t conformes aux attentes non seulement d’une fĂ©minitĂ© normĂ©e, mais surtout d’un homme âgĂ© qui s’emparerait de cette fĂ©minitĂ©. Py ne fait que peu ou prou exagĂ©rer un maquillage fĂ©minin quotidien, en adaptant la taille des traits et l’intensitĂ© des contrastes Ă la scène, Ă la limite entre un rendu rĂ©aliste sur le plateau, et un subterfuge qui se laisse voir. Cette orthodoxie des signes grimĂ©s contribuerait donc Ă restabiliser une fĂ©minitĂ© ontologique qui s’exprimerait par le maquillage, confortant ainsi l’idĂ©e selon laquelle la construction d’une expression scĂ©nique du genre n’est qu’une expression conforme Ă un intime naturel, perpĂ©tuant indirectement le modèle « ‘expressif’ du genre et l’idĂ©e qu’il y aurait une vraie identitĂ© de genre12».
Une figure de folle politiquement complexe
Ce jeu d’excentrisme et de dĂ©viance entre identitĂ© de genre rĂ©elle et maquillĂ©e nourrit une théâtralitĂ© comique qui prend forme dans la figure stĂ©rĂ©otypĂ©e du travesti, ou de la folle. Comme le souligne Jean-Yves le Talec dans Folles de France13, il s’agit d’une forme de comique bien Ă©tablie, gĂ©nĂ©ralement associĂ©e au travestissement d’un homme homosexuel en femme, qui s’incarne dans la figure de la « folle » avec ce que le terme psychiatrique charrie de dĂ©valorisation historique. On pourrait alors reprocher Ă Miss Knife de reproduire un ridicule grotesque (Ă la fois techniquement en termes de maquillage, et dans le registre comique bas qu’il articule au grimage), et de perpĂ©tuer au moins accidentellement des reprĂ©sentations misogynes et homophobes14. Toutefois, ce comique du grimage de genre est aussi Ă resituer dans une histoire plus longue aux interprĂ©tations politiques complexes, puisqu’on peut argumenter, comme Didier Éribon, que l’exhibitionnisme permet de dĂ©fier l’hĂ©gĂ©monie hĂ©tĂ©ronormative, justement par l’affirmation de soi comme théâtralitĂ©, qui permet une affirmation de soi tout court15. La fonction comique du grimage de genre participe au retournement des stigmates de la honte, Ă la rĂ©appropriation des stĂ©rĂ©otypes, Ă une visibilisation proche du « right to appear » butlerien16. Il faudrait alors lire le grimage de Py comme un maquillage camp17, c’est-Ă -dire comme reprĂ©sentation liĂ©e Ă l’homosexualitĂ©, qui, grâce Ă l’humour, permet de naviguer et de retourner les stigmates, exclusions symboliques et physiques, en des identifications moins pĂ©joratives, voire positives._
Le grimage de genre de Miss Knife est donc un objet complexe. L’affirmation outrĂ©e du genre est prise dans une tension triple : entre re-stabilisation des codes de genre sans les interroger, et par lĂ reproduction d’une image de « folle » ; et fonction expressive, libĂ©ratrice de soi sur le mode camp_. L’image de la folle qu’offre le grimage de Py s’inscrit dans la culture normĂ©e dominante, mais son enrĂ´lement dans la parodie fissure justement la reproduction de ces normes : le maquillage est pris dans l’ambivalence qu’Ă©voque Lehmann dans TragĂ©die et théâtre dramatique18, d’une rĂ©affirmation de la limite par sa transgression prĂ©vue, intĂ©grĂ©e et dĂ©limitĂ©e par un cadre.
Le grimage de genre : fonction politique, arme critique dans Saison Sèche de Phia Ménard
Saison Sèche de Phia MĂ©nard, créé en 2018 au Festival d’Avignon, ne cache pas sa volontĂ© de s’attaquer au patriarcat. La performance convoque des « avatars, des sortes de drag kings, des ĂŞtres transgenres » qui vont se mettre en mouvement. Les interprètes sont, dans un premier temps, vĂŞtues de tuniques blanches dans un cadre blanc, espace qui symbolise la maison patriarcale. Vient ensuite l’heure de la transformation. Ce ne seront plus des femmes, mais des combattantes qui se colorent le corps, qui se prĂ©parent au combat. Dans un cercle rituel, elles se peignent le visage et les seins dans des couleurs vives, et le pubis en noir, Ă partir de peinture contenue dans des poupĂ©es de chiffon. Les visages sont d’abord uniformisĂ©s avant qu’y soient ensuite retracĂ©s des traits pileux caricaturaux, des rictus virilistes quasiment guerriers. Le grimage facial donne suite Ă des caricatures masculines travesties : un prĂŞtre au visage rose et Ă la moustache en brosse, un homme en costume de soirĂ©e au visage blanc, aux sourcils noirs et avec une petite moustache et barbichette ; un footballer au visage violet et un collier de barbe… Ces personnages se lancent alors dans une marche militaire, qui s’accĂ©lère et mène les corps jusqu’Ă l’Ă©puisement. Cette chorĂ©graphie hypnotique, mĂ©taphore d’un rite pour faire tomber la pluie19, finit par dĂ©truire l’espace autoritaire qui suinte avant d’ĂŞtre rĂ©duit en lambeaux. Le message politique est clair, on voit ces corps opprimĂ©s se retourner contre les attributs et le pouvoir patriarcal.

© Christophe Raynaud de Lage
Archives de Saison Sèche pour la 72e Ă©dition du festival d’Avignon (2018), https://festival-avignon.com/fr/edition-2018/programmation/saison-seche-4825 (consultĂ© le 26 novembre 2023).
Des codes artificiels peints Ă vue
Assister au processus de transformation sur scène, voir les visages avant et après le maquillage, donne au moment de la peinture faciale un aspect rituel et un statut d’arme scĂ©nique. Les performeuses endossent une apparence masculine qui est clairement distincte de leur corps de femme, mais le propos politique affirmĂ© part justement de leur vĂ©cu extra-théâtral :
Mes pièces de groupe sont des actes politiques. La base de mon travail est le corps comme objet politique dans la société. Dans chaque pièce que j’écris, le corps n’est pas une individualité avec une histoire très personnelle mais un signe politique : ce sont des corps féminins dans une société patriarcale.20
Cet Ă©cart d’avec le masque masculin qui est peint permet de crĂ©er une distance humoristique, mais aussi d’afficher les signes maquillĂ©s et par extension le comportement physique des hommes incarnĂ©s comme fictif, construit et donc destructible. La pièce semble jouer des limites entre les codes genrĂ©s mis sur scène et le corps rĂ©el des actrices, entre la caricature et en mĂŞme temps le caractère vĂ©ridique de ce qui est montrĂ© sur scène. Le signe grimĂ© a un statut de mĂ©taphore, selon Phia MĂ©nard, il s’agirait peut-ĂŞtre de retourner le pouvoir symbolique de la domination contre lui-mĂŞme :
Dans les pièces comme celle-ci où le corps est mis à l’épreuve, où elles se mettent à nu, il est important pour les interprètes de savoir pourquoi elles s’exposent et de fixer ses limites. Elles doivent différencier qui elles sont sur scène et qui elles sont dans la vie. Toutes mes pièces sont des messages, mais sont avant tout des métaphores.21
Dans cette pièce, l’usage du grimage ne se veut pas illusionniste ou naturaliste puisque son traitement esthĂ©tisĂ© et simplifiĂ© Ă©tablit une distance par rapports aux signes de genre quotidiens : plutĂ´t que de masquer l’Ă©cart avec le trait considĂ©rĂ© comme genrĂ© qu’il signifie, il s’affirme comme indice ou comme symbole – selon les distinctions peirciennes22. Une distance, une possibilitĂ© de destruction des codes quotidiens Ă©rigĂ©s en norme est ainsi affirmĂ©e. Le grimage a donc un statut d’outil affirmĂ©, il n’est pas simplement rĂ©employĂ© afin de construire un genre scĂ©nique par imitation de signes considĂ©rĂ©s comme naturels. Les traits masculins caricaturaux sont montrĂ©s comme des artifices. On peut d’ailleurs se demander si le fait que le corps et le visage fĂ©minin des performeuses apparaissent comme une « base » sur laquelle se construisent les signes de genre artificiels, sans que la « fĂ©minitĂ© » ses performeuses ne soit elle-mĂŞme montrĂ©e comme construction, est intentionnel. Ne retombe-t-on pas alors dans une essentialisation afin de critiquer la première ? En ce sens on pourrait rĂ©aliser la mĂŞme critique que formule par exemple Judith Butler contre Julia Kristeva, lorsqu’elle lui fait observer que la subversion du sens normatif que le corps matĂ©riel rend possible, construit alors un sĂ©miotique fĂ©minin comme une « rĂ©alitĂ© » antĂ©rieure ontologiquement Ă la construction de la loi patriarcale23. D’une part, cela reviendrait donc Ă Ă©riger une nouvelle rĂ©alitĂ© normative en voulant justement contester celle-ci. D’autre part, on se retrouve paradoxalement Ă dĂ©finir le pouvoir fĂ©minin de subversion entièrement par la loi paternelle. Ou alors, peut-ĂŞtre faut-il comprendre que c’est surtout le vĂ©cu opprimĂ© des personnes perçues comme femmes qui sert de fondation au renversement des normes de genre, plutĂ´t que l’affirmation d’une fĂ©minitĂ©. C’est ce que semble sous-entendre Phia MĂ©nard dans la façon dont elle parle des corps des actrices sur scène comme de « signe[s] politique[s] » ; le corps apparaĂ®t comme un signifiant social construit et non comme naturalitĂ©. Mais son propos sur sa transition de genre fait aussi pencher du cĂ´tĂ© anti-essentialiste, plutĂ´t que du cĂ´tĂ© d’une ontologie fĂ©minine non sujette Ă la critique discursive : « d’avoir eu ce parcours du corps, d’avoir dans la sociĂ©tĂ© appartenu au pouvoir dans le corps d’un homme et d’être maintenant dans le corps d’une femme me montre que, dans ma nouvelle condition, j’ai perdu le pouvoir94». Dans Saison Sèche, les codes grimĂ©s invitent le public Ă prendre de la distance avec les signes de genre quotidiens et les Ă©tablit, non pas comme un donnĂ© prĂ©-culturel, mais comme des signes produits par le pouvoir dominant et participant Ă sa reproduction. Le grimage se donne Ă voir comme signe politique, loin d’un registre illusionniste ou naturaliste puisque son traitement esthĂ©tisĂ© et simplifiĂ© Ă©tablit une distance par rapport aux signes de genre quotidiens.
Grimage de masculinités, arme politique
Cette reprĂ©sentation dĂ©construite du genre est en partie liĂ©e au parcours de transition de Phia MĂ©nard : dans Saison Sèche, les codes grimĂ©s sont anti-mimĂ©tiques, ce sont des caricatures de types sociaux qui dĂ©terminent le comportement agressif et toxique de ces masculinitĂ©s. Les stĂ©rĂ©otypes qui apparaissent sur scène sont ridicules dans leurs comportements caricaturaux (traits pileux et mimiques exagĂ©rĂ©es, virilitĂ©s belliqueuses, scène de miction contre le mur). Toutefois l’effet comique n’est que momentanĂ© et laisse plutĂ´t place Ă des grimes glaçants. Les maquillages n’agissent pas ici comme des surfaces de projection psychologique, mais plutĂ´t des catĂ©gories critiques. En ce sens, on pourrait parler de « masculinitĂ©s » telles qu’elles sont thĂ©orisĂ©es par Raewyn Connell24 ; en effet, les grimages de genre dĂ©clinent un spectre de masculinitĂ©s, et l’Ă©puisement des performeuses les montre comme des idĂ©aux culturels inatteignables, qui agissent dans ce spectacle comme des repoussoirs. Le grimage de genre retourne les codes contre l’ordre qui les instituait, le critique et le dĂ©truit symboliquement.
Le grimage de genre : le distorted drag de Hungry, ouverture de nouveaux horizons esthétiques
Les usages politiques du grimage de genre semblent profondĂ©ment liĂ©s Ă la tension dialectique entre le maquillage comme objet d’identification et surface externe de projection d’une vĂ©ritĂ© – ou au contraire comme objet de distanciation et construction artificielle Ă rĂ©vĂ©ler. Le grimage de genre peut se ressaisir des normes en masquant ou en montrant leur place dans le système logique qui produit et entretient la domination. Ultimement, d’autres dĂ©marches semblent refuser de s’arrĂŞter Ă un constat du caractère arbitraire de l’ordre hĂ©tĂ©ropatriarcal et tentent de renoncer Ă ses modes d’expression genrĂ©s, Ă la logique binaire qui la fonde. Cette volontĂ© semble alors entraĂ®ner des tentatives artistiques qui travaillent justement la limite de signes de genre reconnaissables et explorent de nouvelles pistes esthĂ©tiques hors des sentiers battus du genre.
Hungry est le nom de scène de Johannes Jaruaak, un·e artiste berlinois·e qui rĂ©alise des performances dans les milieux underground. Il·elle dĂ©crit son travail comme du distorted drag (drag dĂ©formĂ©). Cet·te artiste a fondĂ© cette esthĂ©tique qui lui est propre, que l’on peut observer sur la pochette de l’album Utopia (2017) de Björk et dans les tournĂ©es de cette dernière, mais Ă©galement dans les performances que Hungry rĂ©alise rĂ©gulièrement sur les scènes drag. Son grimage de genre joue Ă dĂ©former et dĂ©placer les traits du visage, en crĂ©ant par exemple des yeux en dessous des yeux, ou en ajoutant des postiches qui s’inspirent de formes organiques animales ou vĂ©gĂ©tales25. Curieusement, la base de ses grimages est pourtant « classique », dans le sens oĂą elle utilise les techniques de contrastes, modelage et de soulignement des traits du visage (affinement du visage, contouring, dessin de sourcils arquĂ©s, faux cils…), afin de mettre en valeur le visage et de le « fĂ©miniser », traits qui s’inscrivent dans une silhouette fĂ©minine plus gĂ©nĂ©rale (robes, corsets, perruques et talons hauts). Hungry note d’ailleurs dans une interview26 que ce sont ces dĂ©tails (comme les sourcils très arquĂ©s et finement dĂ©finis) qui vont provoquer une admiration de la part des personnes qui dĂ©couvrent son maquillage, ce qui leur fournit en quelque sorte une porte d’entrĂ©e dans l’esthĂ©tique plus Ă©trange qu’elle propose. L’artiste propose des illusions particulières, des trompe-l’œil : yeux dĂ©multipliĂ©s Ă la façon d’une araignĂ©e, allongĂ©s dans des formes asymĂ©triques qui donnent l’illusion d’un nouveau blanc de l’œil et d’une large pupille, effacement quasi total des lèvres ou du nez ; et surtout l’ajout de postiches en trois dimensions qui perturbent les attentes des spectateur·ices dans la perception d’un visage. Ces pièces sont moulĂ©es en silicone spĂ©cifiquement pour chaque grimage et Ă©voquent des excroissances dont les lignes et les couleurs se fondent dans les traits et l’effet gĂ©nĂ©ral du maquillage.

©Zachary Krevitt et Thomas McCarty, in DOONAN Simon, Drag: A Complete Story. A Look at the History and Culture of Drag, Londres, Laurence King Publishing, 2019, (ill. 62).
Interroger le beau, troubler le personnage
Hungry invente un nouveau genre anatomique, tire son grimage vers le fantastique ou le non-humain. Cette plastique dĂ©coule d’une fascination de l’artiste pour l’anatomie et les symĂ©tries organiques, afin d’interroger les codes de beautĂ©. Les illusions classiquement utilisĂ©es, une fois poussĂ©es Ă l’extrĂŞme, conduisent Ă des visages qui ne sont plus humains mais effrayants : le grimage se fait critique de l’injonction Ă la fĂ©minitĂ©, de l’arbitraire des codes quotidiens, qui sont loin d’ĂŞtre naturels. Comme le souligne Nathalie Gauthard dans une Ă©tude intitulĂ©e « Trouble dans le masque : de la subculture Queer Ă l’ère de l’Anthropocène27» de ce point de vue, les performances de Hungry sont ambiguĂ«s, puisque l’artiste se plie dans une certaine mesure aux codes esthĂ©tiques de la domination en exaltant, comme dans beaucoup de performances drag, des traits issus de conceptions essentialisantes du genre. Toutefois la·e performeur·euse joue de cette objectivisation du regard pour le dĂ©former, pour remettre en doute traits culturels et naturels du visage. Au croisement de la fleur anthropomorphique, de l’organe ou du robot, ses grimages interrogent notre capacitĂ© Ă reconnaĂ®tre une figure (genrĂ©e), ou mĂŞme un sujet. Hungry nous pousse peut-ĂŞtre ainsi Ă dĂ©formater et dĂ©naturaliser notre propre regard. Ainsi, dans une de ses performances, Hungry retire un masque qui figure un visage grimĂ©, afin de dĂ©voiler en dessous un grimage exactement similaire, puis de sortir un second masque : le triptyque symĂ©trique que forment les visages peut ĂŞtre compris comme une critique du paraĂ®tre social genrĂ© contraignant et de la construction d’identitĂ©s dont aucune n’est naturelle. Mais ces grimages, remettent Ă©galement en cause des catĂ©gories esthĂ©tiques telles que le « beau ». Ne se pliant que de biais aux normes contemporaines de beautĂ©, ils interrogent les exigences d’intelligibilitĂ© du visage, de conformitĂ© aux normes qui font de l’activitĂ© de transformation un processus fini : la transformation s’arrĂŞterait quand l’illusion fonctionne ou qu’elle est comprĂ©hensible comme illusion, quand son sens est stable. En ce sens, les grimages de Hungry cherchent Ă dĂ©velopper un univers rĂ©fĂ©rentiel autonome, qui s’affranchit des codes genrĂ©s de la mĂŞme façon que Johannes Jaruraak, en tant que personne non binaire, s’en libère dans sa vie sociale quotidienne. Selon cette lecture, l’autonomie esthĂ©tique affirmĂ©e est toujours une affirmation politique, mais sur un mode diffĂ©rent : Hungry effectue alors un Ă©cart plus large en refusant un strict anthropomorphisme, sans souci de conformisme par rapport Ă l’ordre genrĂ© ou logique. Cet Ă©cart peut Ă©galement ĂŞtre interprĂ©tĂ© comme s’inscrivant dans un abandon du personnage traditionnel28 aux contours biographiques clairement dĂ©finis : celui-ci est moins Ă comprendre comme une identitĂ© genrĂ©e et une surface de projection psychologique stable, mais plutĂ´t comme une surface gĂ©omĂ©trique, architecturale. Le grimage de genre de Hungry fait naĂ®tre une silhouette dont l’intĂ©rĂŞt rĂ©side surtout dans son jeu de composition pictural ou sculptural (le visage grimĂ© dĂ©passe les limites naturelles du visage pour lui ajouter des excroissances). Le rĂ©gime performatif qui met l’accent sur la dimension visuelle et son trouble, dans lequel s’inscrivent les apparitions de l’artiste, rejoignent ainsi ce que Julie Sermon nomme le « devenir-figure » ou « devenir-image » du personnage29.
Le grimage de genre, célébration de la métamorphose
Dès lors, il ne s’agit plus seulement de jouer du genre ou d’en critiquer les normes par le grimage Ă des fins politiques, mais d’interroger la nature politique des termes mĂŞme dans lesquels la question du genre est posĂ©e. Les grimages de Hungry refusent de restabiliser un genre, un cadre logique ou ontologique par lequel se saisir du visage, et promeuvent Ă la place une forme d’instabilitĂ© continue dans laquelle sont plongĂ©s les spectateur·ices. Du cĂ´tĂ© de l’artiste, l’intĂ©rĂŞt ne se situe plus dans une identitĂ© stable en un personnage ou un type fixĂ© par le grimage, mais dans le processus de transformation lui-mĂŞme30. Par l’exploration d’un au-delĂ de l’humain dans une esthĂ©tique qui serait Ă la fois infra- (renvoyant aux vĂ©gĂ©taux et animaux) et post-humain (cyborg, humanitĂ© augmentĂ©e), Hungry est peut-ĂŞtre Ă inscrire dans un mouvement de bio-art31, ou de dĂ©santhropocentrisme. Jouer sur les attributs esthĂ©tiques et sexuels des insectes et des plantes (yeux Ă facettes, pistils-Ă©tamines) et les mĂŞler Ă la figure humaine est aussi un moyen de s’inscrire dans ce champ de questionnement qui interroge plastiquement la limite animaux-humains. Ces grimages et leur suggestion sexuelle spĂ©cifique se placent alors bien au-delĂ des enjeux de genre identitaires. Lorenzo Bartalesi et sa relecture de Darwin dans Histoire Naturelle de l’esthĂ©tique, constate une fonction de l’esthĂ©tique dans la sĂ©lection sexuelle, qui fait de celle-ci un moteur de l’Ă©volution du vivant, moteur complexifiĂ© par les innovations scientifiques et les machines. L’usage du maquillage, provoquant une illusion avec ce que celui-ci contient de faux et d’Ă©phĂ©mère, explore le trouble de notre sense of beauty et son rĂ´le dans l’Ă©volution future de l’espèce humaine. Le grimage s’autonomise des carcans du genre ; l’acte poĂ©tique de mĂ©tamorphose ne s’arrache pas seulement des dynamiques d’auto-discipline ou d’auto-rĂ©gulation fixant les pratiques corporelles32. Le beau, comme le vrai, l’humain, sont remis en cause comme des modalitĂ©s entravant de rĂ©elles dĂ©couvertes, ou Ă©volutions, par la pratique de la transformation esthĂ©tique. Ces explorations poĂ©tiques seront qualifiĂ©es de queer, monstrueuses, inhumaines c’est-Ă -dire, in-caractĂ©risables selon les normes esthĂ©tiques ou logiques habituelles.
De par l’Ă©cart entre le genre assignĂ© socialement et celui pris dans la performance, l’Ă©tude du grimage de genre, dĂ©voile la façon dont la rĂ©-articulation des signes maquillĂ©s, si elle n’est pas interrogĂ©e sur scène, prĂ©sente ces signes comme naturels, et non comme des Ă©lĂ©ments eux-mĂŞmes pĂ©tris de convention, pouvant faire l’objet de choix dramaturgiques, esthĂ©tiques, ou ludiques. Cependant, au-delĂ d’une fonction mimĂ©tique ou expressive du grimage de genre, dans ses divers usages sur la scène contemporaine, le maquillage tĂ©moigne, d’une Ă©volution, ou du moins de l’ouverture de nouveaux champs d’exploration théâtraux. Toutefois, ceux-ci ne peuvent ĂŞtre strictement distincts de dimensions politiques qui, lorsqu’elles dĂ©stabilisent les codes quotidiens du genre, investissent les tensions instables d’affirmation d’identitĂ©s et de dĂ©voilement d’artificialitĂ©, et sèment alors de nouveaux troubles esthĂ©tiques, logiques et ontologiques. On peut ainsi observer un renouvellement de l’imaginaire du grimage de genre, qui tend vers le monstrueux, l’informe, le post-anthropocentrique33.
1Pour Eugenio Barba l’extra-quotidiennetĂ© dĂ©signe une pratique (physique, mentale, costumĂ©e…) dans une situation de reprĂ©sentation organisĂ©e et selon des principes diffĂ©rents de ceux utilisĂ©s dans la vie quotidienne. Pour Barba, cette extra-quotidiennetĂ© est en fait un recours dĂ©libĂ©rĂ© Ă la technique pour sortir des usages quotidiens. Voir E. Barba et N. Savarese, L’énergie qui danse: un dictionnaire d’anthropologie théâtrale, Montpellier, Entretemps, 2008.
2De nombreuses marques cosmĂ©tiques distinguent ainsi une gamme de produits « pro », tandis que d’autres s’adressent particulièrement Ă une clientèle professionnelle, dont celle des les arts scĂ©niques (Kryolan, Paris Berlin). Toutefois pratiques et produits « amateurs » et « professionnels » renvoie en rĂ©alitĂ© Ă des rĂ©alitĂ©s poreuses, ce qui rend la distinction moins pertinente.
3J. P. Butler, Trouble dans le genre : pour un féminisme de la subversion (1990), E. Fassin (éd.), C. Kraus (trad.), Paris, La Découverte, 2006, p. 291.
4R. Schechner, Performance Studies: an introduction, S. Brady (éd.), 3e ed, Londres, Routledge, 2013, « Être conscient de ce comportement restauré revient à reconnaître le processus par lequel les processus sociaux dans leurs diverses formes deviennent théâtre. », p. 29.
5La Servante (1995), Miss Knife et sa parade (1996), Ballades de Miss Knife (2002).
6Dans Les Premiers adieux de Miss Knife il est accompagnĂ© de Julien Jolly Ă la batterie, Olivier Bernard au saxophone, StĂ©phane Leach au piano et SĂ©bastien Maire Ă la contrebasse ; tandis que Miss Knife et ses sĹ“urs il collabore avec les Dakh Daughters, AngĂ©lique Kidjo, et l’Orchestre national Avignon-Provence.
7O. PY, « Feuille de salle “Les premiers adieux de Miss Knife” à la MC2 de Grenoble », 2019.
8« De la force thaumaturgique du masque selon Olivier Py » G. Freixe et B. Prost, Les Enjeux du masque sur la scène contemporaine, coédition Musée du Quai Branly-Jacques Chirac et ELLIADD2, Besançon, 2020, p. 24.
9NĂ©ologisme utilisĂ© par Py dans le mĂŞme entretien, mais Ă©galement par d’autres artistes comme Ariane Mnouchkine. Le terme proviendrait de Philippe Ivernel : voir B. PICON-VALLIN et A. MNOUCHKINE, Le Théâtre du soleil : les cinquante premières annĂ©es, op. cit., p. 34, n. 39.
10« De la force thaumaturgique du masque selon Olivier Py » G. FREIXE et B. PROST, Les enjeux du masque sur la scène contemporaine, op. cit., p. 24.
11E. Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne. 1. La présentation de soi, Paris, les Éditions de Minuit, 1973.
12J. P. Butler, Trouble dans le genre, op. cit., p. 260.
13J.-Y. Le Talec, Folles de France: repenser l’homosexualité masculine, Paris, La Découverte, 2008.
14Ibid., « 1. Qu’est-ce qu’une folle ? » p. 13-59. ; « La Cage aux folles » et « La critique homosexuelle de la cage aux folles », pp. 222-224.
15D. Eribon, Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999, p. 154.
16J. P. Butler, Rassemblement : pluralité, performativité et politique, C. Jaquet (trad.), Paris, Fayard, 2016.
17Au sens le plus large il s’agit d’une esthĂ©tique voir d’une sensibilitĂ© (S. Sontag, « Notes on “Camp” », Partisan Review, vol. 4, no 31, 1964, p. 515-530) qui joue volontairement du mauvais goĂ»t et de sa valeur ironique, qui met en jeu l’homosexualitĂ© ou la marginalitĂ© sexuelle ou de genre (J.-Y. Le Talec, Folles de France, op. cit.). Le camp peut ainsi ĂŞtre compris comme une stratĂ©gie de dĂ©viance ou de rĂ©sistance culturelle, par la parodie et l’exagĂ©ration, contre l’acceptation littĂ©rale des codes tacites qui rĂ©gissent notre mode de vie et les reprĂ©sentations genrĂ©es. Voir aussi E. Newton, Mother Camp: Female Impersonators in America, Phoenix ed, University of Chicago Press, 1979 ; P. Mauriès, Second manifeste camp, Paris, Seuil, 1979 ; L. Senelick, The Changing Room: sex, drag and theatre, New-York, Routledge, 2000, p. 213 ; M.-H. Bourcier, Queer zones : politique des identitĂ©s sexuelles et des savoirs, Nouvelle Ă©d. rev. et augm., Paris, Amsterdam, 2006, p.186.
18H.-T. Lehmann et J.-L. Besson, Tragédie et théâtre dramatique_,_ (Tome premier), Théorie-Théâtre-Le tragique, Paris, l’Arche, 2019, p. 140.
19« Les maîtres fous » de Jean Rouch fait partie des sources matricielles du spectacle selon la metteuse en scène ; P. Ménard et M. Baaziz, « Feuille de salle de “Saison Sèche” au Festival d’Avignon », 2019.
20P. MÉNARD et M. BAAZIZ, « Feuille de salle de “Saison Sèche” au Festival d’Avignon », op. cit.
21Id.
22C. S. Peirce, Collected papers of Charles Sanders Pei__rce, Bristol, Thoemmes Press, 1998, vol. I-IV.
23J. P. BUTLER, Trouble dans le genre, op. cit. voir la première partie du Chap.3 (pp. 179-267) sur les « Actes corporels subversifs », notamment les pages p. 180-196.
24R. Connell, Masculinités enjeux sociaux de l’hégémonie (1995), M. Hagège et A. Vuattoux (trad.), Paris, Éd. Amsterdam, 2014.
25Voir également sa page Instagram « @isshehungry » (en ligne : https://www.instagram.com/isshehungry/)
26« Hungry, une distorted drag qui enchante Björk » – Tracks – ARTE, 17 janvier 2019, 5:56 (en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=nK4v6Ia7bRU ; consultĂ© le 10 septembre 2022).
27N. Gauthard, « Trouble dans le masque : de la subculture Queer à l’ère de l’Anthropocène », Les enjeux du masque sur la scène contemporaine, Alternatives Théâtrales, no 140, mars 2020, p. 35-38.
28R. ABIRACHED, La crise du personnage dans le théâtre moderne, Paris, Bernard Grasset, 1978.
29J. Sermon, « Construction du personnage et dramaturgie du jeu en régime figural », dans Pour un atlas des Figures, Lausanne, 2018 (en ligne : http://www.pourunatlasdesfigures.net/ ; consulté le 22 novembre 2021): voir aussi J. Sermon, L’effet-figure. États troublés du personnage contemporain (Jean-Luc Lagarce, Philippe Minyana, Valère Novarina, Noëlle Renaude), Thèse de doctorat, Paris 3, 2004.
30E. Fischer-Lichte, The transformative power of performance: a new aesthetics, New York, Routledge, 2008.
31Le terme a Ă©tĂ© inventĂ© par Edouardo Kac en 1997 en lien avec sa performance Time Capsule. Ce mouvement artistique contemporain, difficile Ă cerner, travaille sur la limite de l’ĂŞtre humain et de l’animal sous l’angle de la modification scientifique des corps par des ajouts exogènes. La limite entre humain et inhumain est donc travaillĂ©e Ă -mĂŞme le corps de l’artiste, ce qui rapproche le mouvement des pratiques d’art corporel, mais aussi du cĂ´tĂ© d’une rĂ©flexion sur le cyborg, l’androĂŻde.
32E. Terán Tassinari, S. Arun, « Performing Beauty: Femininity Ideology, Neoliberalism and Aesthetic Labor Among Young Women in Mexico », La ventana. Revista de estudios de género, vol. 6, no 53, Universidad de Guadalajara, Centro de Estudios de Género, juin 2021, p. 441-484. Oberdorfer Megan, « The implications of physical beauty norms on gender identity development, sexual identity formation, and sense of self in the femme queer community », Smith College School for Social Work Northampton, 2011, p. 67.
33États de la scène actuelle 2016-2017, Éditions Théâtrales, Montreuil, coll. « Théâtre Public » dirigée par Olivier Neveux et Christophe Triau, no 229, 2018 ; F. Aït-Touati et B. Hamidi-Kim, « Avant-propos », thaêtre, Chantier #4 : Climats du théâtre au temps des catastrophes. Penser et décentrer l’anthropo-scène, mis en ligne le 10 juillet 2019.« # 4 | Climats du théâtre au temps des catastrophes. Penser et décentrer l’anthropo-scène », th__aê__tre, Chantier #4, 2019 (en ligne : https://www.thaetre.com/2019/07/06/4-climats-du-theatre-au-temps-des-catastrophes/ ; consulté le 31 juillet 2021) ; E. Merabet, « Décentrer l’humain ? Notes pour des scènes post-anthropocentriques », 13 mai 2020 (en ligne : https://www.academia.edu/47778810/D%C3%A9centrer_lhumain_Notes_pour_des_sc%C3%A8nes_post_anthropocentriques).



